Ostéopathie et Endométriose

L'endométriose , c'est quoi ?

L’endométriose est une pathologie gynécologique chronique.

L’endomètre est la muqueuse qui tapisse l’intérieur de la cavité utérine. Chaque mois, ce tissu  hormono-dépendant subit sous l’effet des hormones ovariennes des modifications physiologiques: épaississement, vascularisation, désagrégation (règles). En temps normal, le sang menstruel composé de fragments d’endomètre est évacué à l’extérieur du corps par les règles.

Dans certains cas (et d’après le théorie de l’implantation par reflux menstruel développée en 1927 par  Sampson), des cellules de l’endomètre migrent à l’extérieur de la cavité utérine et s’installent sur le péritoine et les organes voisins. Ces cellules utérines gardent leurs propriétés hormono-dépendantes ; à chaque cycle elles évoluent et saignent, provoquant des phénomènes inflammatoires chroniques et fibroses tissulaires (adhérences sous forme de voiles, cordages, accolements).

3 types d’endométrioses :

  • endométriose péritonéale superficielle

  • kyste endométriosique de l’ovaire (endométriome)

  • endométriose sous-péritonéale profonde

Une autre forme est à distinguer, c’est l’adénomyose. Il s’agit de la présence de cellules endométriales au sein de la tunique musculaire de la paroi de l’utérus.

Les localisations de l’endométriose :

  • Génitales :

Le péritoine et ses replis (culs de sac vésico-utérin, cul de sac de Douglas, cloison recto vaginale),

Les « ligaments », qui sont en réalité des zones de densifications du tissu conjonctif péritonéal. Ils ont plusieurs rôles au service des organes gynécologiques: soutien, orientation, fixation, de nutrition (veines et artères), d’innervation (plexus hypogastrique).

Les ovaires,

Les trompes,

L’utérus,

Le vagin,

Plus rarement : la vulve, les cicatrices d’épisiotomie.

 

  • Extra-génitales:

Les intestins (intestin grêle, colon+rectum),

La vessie, les uretères

Le diaphragme,

Les poumons,

Le nerf sciatique,

et plus rarement :le système nerveux central, les abdominaux, la peau au niveau des cicatrices de coelioscopie.

Les symptômes possibles liés à l’endométriose :

  • Dyspareunies (douleurs pendant les rapports sexuels)

  • Dysménorrhées (douleurs abdomino-pelviennes en période menstruelle)

  • Dysuries (douleurs lors de la miction) et autres troubles urinaires comme pollakiuries (envies fréquentes), brûlures mictionnelles, incontinence urinaire.

  • Dyschésies: douleurs avant et pendant défécation. Elles peuvent s’accompagner de constipation. Elles témoignent d’atteintes au niveau du rectum et/ou de la cloison recto-vaginale.

  • Douleurs lombaires ou lombo-sacrées, sciatiques

  • Douleurs pelviennes chroniques : l’inflammation liée aux saignements répétés cycliques, l’infiltration péri-nerveuse, et les adhérences séquelles de l’inflammation pourraient expliquer cette chronicisation. Ces douleurs chroniques peuvent engendrer à terme un phénomène d’hypersensibilité chez les patientes.

  • Saignements: méno-métrorragies (atteinte gynéco), rectorragies (atteinte digestive), hématuries (atteinte urinaire), hémoptysies (atteinte pulmonaire)

  • Dyspnées cycliques : témoignent d’une possible atteinte pulmonaire ou diaphragmatique.

  • Troubles de la fertilité

Les traitements  médicaux pouvant être proposés :

 

  • le traitement hormonal : pour empêcher la survenue des règles (les lésions d’endométriose vont saigner au niveau des organes atteints en même temps que les règles)

Il s’agit de priver l’organisme de l’hormone qui va nourrir les cellules endométriosiques: l’œstrogène. Cela passe par une pillule en administration continue ou la pose d’un stérilet à diffusion hormonale.

 

  • la cure de ménopause artificielle : injections d’analogues de la GnRh, doublées d’une « add back therapy » pour contenir les effets secondaires liés à l’état de ménopause.

 

  • la chirurgie si la médication ne soulage pas la patiente. Décidée en fonction: de l'examen clinique et des examens complémentaires, de sa qualité de vie, de ses antécédents et de son éventuel désir de grossesse.

 

  • Le recours à la PMA (procréation médicalement assistée) pour les femmes présentant des troubles de la fertilité.

 

Les traitements complémentaires:

 

  •  L'ostéopathie

  • L'acupuncture

  • Le suivi psychologique, L’hypnose, EMDR, sophrologie

  • La naturopathie, l'homéopathie

  • Changements de certaines habitudes alimentaires (en rapport avec phénomènes inflammatoires) et pratique d’une activité physique

ET L'OSTEOPATHIE DANS TOUT CA ?

Deux axes thérapeutiques: Douleur et Dysfertilité

1- Action sur la douleur :

 

Au niveau des viscères : libérer les adhérences péritonéales

  • Les  saignements des implants endométriosiques génèrent des phénomènes inflammatoires et fibrosiques au niveau du tissu atteint. Ces fibroses sont responsables d’une perte des qualités mécaniques du tissu conjonctif, lequel devient plus rigide et moins déformable. Il devient le siège de dysfonctionnements et de phénomènes douloureux.

  • Des adhérences cicatricielles douloureuses peuvent également se former suite à la chirurgie de l’endométriose.

 

En ostéopathie, nous intervenons sur les adhérences pour améliorer la déformabilité locale du tissu conjonctif péritonéal (ce tissu est l’enveloppe des viscères de l’appareil génital, digestif, urinaire) :

L’environnement péritonéal des organes suivants est abordé par des manœuvres ostéopathiques viscérales: Utérus, vagin, trompes, ovaires, vessie et uretères, intestin grêle, colon, rectum, estomac.

 

Au niveau du cadre osseux : libérer les zones de fixité pariétales

Cette maladie étant chronique et rythmée par les cycles, à chaque saignement la douleur se manifeste. La chronicité de la douleur induit chez les patientes l’adoption d’attitudes antalgiques pour tenter d’esquiver la douleur, leur schéma corporel s’adapte pour se protéger  en sollicitant le moins possible les zones du corps dont le mouvement pourrait réveiller ou exacerber la douleur.

Une véritable hypo-sollicitation de protection ou d’appréhension de certaines zones anatomiques (souvent le sacrum, les iliums, le rachis dorso lombaire et la région diaphragmatique) s’installe dans le temps, et c’est alors qu’apparaissent des lésions tissulaires réversibles (zones de fixité conjonctives) sur lesquelles nous intervenons en ostéopathie.

Nous évitons ainsi par la manipulation ostéopathique l’installation chronique de syndromes myofasciaux, contractures musculaires, blocages articulaires, pertes d’élasticité des ligaments pariétaux… responsables de douleurs rachidiennes et d'éventuelles névralgies (sciatiques, névralgies pudendales…).

 

>> L’ostéopathie lui redonnant une déformabilité optimale, le tissu vivant va pouvoir retrouver une meilleure fonction (fonction mécanique, mais aussi meilleure fonction circulatoire et neurologique car le tissu conjonctif contient vaisseaux et nerfs).

Autrement dit, l’ostéopathie casse cercle vicieux de l’hypo-sollicitation du tissu vivant, favorise les processus dynamiques (mécaniques, circulatoires, neurologiques) du corps et diminue ainsi les phénomènes douloureux.

 

 

2- Action sur la fertilité : libérer localement les zones de fixité des organes impliqués dans la régulation hormonale et le fonctionnement de l’appareil reproducteur de la femme :

 

L’ostéopathie agit (de la même façon que décrit précédemment) sur  les éventuelles fixités conjonctives qui pourraient nuire au fonctionnement des différents organes et glandes impliquées dans la régulation hormonale chez la femme.

  • ostéopathie crânienne :

membranes intra crâniennes (dure mère) et sinus veineux, sutures inter-osseuses, élasticité intra-osseuse.

Elle agit sur le fonctionnement de l’axe hypothalamo-hypophysaire (qui commande entre autres la fonction hormonale des ovaires) et sur le bulbe olfactif (réception des phéromones).

  • ostéopathie des tissus mous du cou en regard de la thyroïde (elle participe à la fonction endocrinienne féminine)

  • ostéopathie viscérale:

- péritoine du foie (catabolisme des hormones ovariennes, le drainage veineux de la sphère pelvienne)

- péritoine du rein (relation entre les vaisseaux ovariques gauches et les vaisseaux rénaux) et des surrénales 

- péritoine de l’utérus, des trompes, des ovaires 

 

Qu'il s'agisse de douleurs ou de dysfertilité, des techniques ostéopathiques intra-cavitaires (par voie intra-vaginale ou intra-rectale) sont parfois nécessaires pour aborder plus facilement certaines zones du péritoine profond.

Stratégie thérapeutique: les choix de l'ostéopathe, et leurs justifications anatomiques

En tant qu’ostéopathe, j’obtiens les premières informations essentielles à ma prise en charge au travers du dialogue avec ma patiente:

- les éléments relatés par la patiente au cours d’un interrogatoire précis et orienté, afin de mieux comprendre l’histoire de la maladie propre à la patiente (description et localisation précises des douleurs, répercussions sur la qualité de vie, troubles de la fertilité, atcd chirurgicaux et-ou obstétricaux, atcd médicaux)

- les compte rendus d’examens complémentaires (échoendoscopie, IRM, prises de sang…)

 

Puis je mène « l’enquête conjonctive » : J’interroge le tissu conjonctif  manuellement puis je traite les zones de fixité objectivées par cet examen.

Je m’intéresse aux zones en cohérence anatomo-physiologique avec la problématique de ma patiente atteinte d’endométriose. En voici les grandes lignes :

 

  • le tissu conjonctif du "cadre osseux ":

sacrum, iliaques, système ligamentaire pariétal du pelvis.

La bonne mobilité du contenant osseux permet la fonction correcte du contenu : la mobilité des organes, leur bonne vascularisation, leur innervation de doivent pas être entravées par un blocage du cadre osseux.

Par exemple : innervation parasympathique des organes au niveau du sacrum de S2 à S4, artère et veine iliaque interne en regard de L5S1, les iliaques en lien avec les ligaments larges de l’utérus et le sacrum, insertion des ligaments utéro-sacrés sur la face antérieure du sacrum.

D’autre part, une femme présentant des douleurs chroniques va avoir tendance à adopter une posture « figée » de protection, elle va moins utiliser la mobilité de son bassin et de son rachis lombaire. Cette zone en hyposollicitation sera alors le probable siège de lésions ostéopathiques du « cadre osseux ».

 

  • le tissu conjonctif du rachis lombaire et dorsal (influence ligamentaire et neuro vasculaire sur les organes gynécologiques).

Par exemple:  le ligament suspenseur de l’ovaire relie l’ovaire à L2 et transporte l’artère ovarique. Le plexus hypogastrique supérieur et l’artère iliaque interne (qui donnera l’artère utérine et l’artère vaginale) sont en regard de L5. Le rachis thoraco lombaire joue un rôle neuro végétatif par l’intermédiaire de la chaine ganglionnaire orthosympathique de T1 à L2.

 

  • le tissu conjonctif de la sphère abdomino-pelvienne :

Au niveau du péritoine,  présence de fibroses et adhérences liées aux saignements des lésions endométriosiques ou aux phénomènes cicatriciels post-chirurgicaux.

L’atteinte peut concerner l’utérus et ses moyens d’union (replis de péritoine, « ligaments » le reliant aux organes voisins comme la vessie ou le rectum). L’utérus est relié à son voisinage par un système conjonctif qui le soutient et l’oriente, et transporte son système vasculaire et neurologique. Le travail ostéopathique consiste à libérer l’utérus de toute zone de fixité afin de restaurer la déformabilité nécessaire à son bon fonctionnement.

Il en est de même pour le vagin, les ovaires et les trompes.

L’ostéopathe peut agir sur : le ligament large de l’utérus, la ligament rond, le paramètre, la paracervix, les ligaments utéro-sacrés, la ligament vésico utérin, le mésosalpinx, le mésovarium, le cul de sac vésico-utérin, le cul de sac de Douglas, la cloison recto-vaginale, le ligament suspenseur de l'ovaire.

L’ostéopathe travaille aussi sur le péritoine "digestif":

estomac, intestin grêle, colon, rectum

Outre l’intérêt d’améliorer les mobilités du péritoine digestif dans un but mécanique, vasculaire et neurologique (comme décrit précédemment pour les organes génitaux), l’impact du travail ostéopathique sur  l’intestin grêle est aussi d’ordre immunitaire (rôle dans la destruction des lésions endométriosiques).

  • Le système urinaire:

L'atteinte peut aussi se porter sur les voies urinaires (vessie et ses moyens d’union, cul de sac vésico-utérin, uretères).

L’ostéopathe doit libérer la vessie et les uretères de toute zone de fixité éventuelle générée par les lésions endométriosiques. L’uretère passe dans l’espace virtuel entre paramètre et paracervix, de chaque coté de l'utérus.

  • Le système nerveux :

Les lésions endométriosiques peuvent parfois envahir le système nerveux, notamment le plexus hypogastrique inférieur contenu dans les ligaments utéro-sacrés (L.U.S.). L’ostéopathie assouplit les L.U.S. pour optimiser la régulation neurovégétative des organes gynécologiques.

  • Le diaphragme:

L'ostéopathie restaure une bonne mécanique diaphragmatique pour favoriser : la mobilité dorso lombaire, les échanges artério-veineux de la cavité abdominale, le drainage lymphatique global, le fonctionnement du plexus solaire, l’apaisement émotionnel.

Le jeu diaphragmatique entretient la mobilité du péritoine et des viscères qu’il contient. La synergie de fonctionnement du diaphragme abdominal avec le diaphragme pelvien (muscles du périnée) présente un intérêt pour la mobilité et la trophicité des organes du petit bassin.

  • la sphère crânienne :

Axe hypothalamo-hypophysaire : L’hypophyse est logée dans la selle turcique de l’os sphénoïde et se trouve recouverte en haut par la tente de l’hypophyse. Elle est bordée latéralement par la petite circonférence de la tente du cervelet et les parois du sinus caverneux. Sous l’influence de l’hypothalamus, l'anté-hypophyse produit des hormones qui vont ensuite influencer (entre autres) le fonctionnement hormonal des ovaires.

Ostéo >>La bonne mobilité de la SSB (symphyse sphéno-basilaire) et des membranes intra-crâniennes est importante au bon fonctionnement de l’hypophyse.

Bulbe olfactif : réception des phéromones par le nerf olfactif, indispensable à la reproduction. Les plaques olfactives sont importantes pour la synthèse de GnRH par l’hypothalamus.

Ostéo >> travail crânien sur l’os ethmoïde (et l’os frontal dont il dépend)

  • les organes impliqués dans la régulation hormonale

Le foie : il est impliqué dans le catabolisme des hormones ovariennes et dans le drainage veineux de la sphère pelvienne.

Reins et surrénales. L’artère ovarique gauche nait dans l’artère rénale gauche, tandis que l’artère ovarique droite nait dans l’Aorte directement. La veine ovarique gauche se jette dans la veine rénale gauche tandis que la veine ovarique droite se jette dans la veine cave directement. Comme les ovaires, le fonctionnement des surrénales est orchestré par l'anté-hypophyse.

La thyroïde : elle participe à la fonction endocrinienne féminine. Comme les ovaires, son fonctionnement hormonal est orchestré par l'anté-hypophyse.

 

  • les cicatrices de coelioscopie: elles peuvent être le siège d'adhérences douloureuses et inesthétiques sur lesquelles l'ostéopathie peut agir.

En résumé:

Ma prise en charge ostéopathique de la femme atteinte d’endométriose s’intègre dans un contexte pluridisciplinaire, dans le but de contribuer :

 

  • Au soulagement des douleurs aigües ou chroniques (et donc à la diminution du recours aux médicaments anti-douleurs et anti-inflammatoires).

  • A l’optimisation du fonctionnement de l’appareil génital et de tout l’axe hormonal, pour donner un coup de pouce à la fertilité (avec ou sans recours à la PMA, selon les cas).

Etant atteinte d’endométriose, j’ai souhaité en tant qu’ostéopathe m’investir dans la prise en charge de cette maladie. Cela donne une autre dimension à ce métier qui me passionne. Mettre mes compétences au service des patientes souffrant de maux je que connais bien, pour les aider à soulager leurs douleurs et les accompagner dans leur désir de grossesse, est pour moi une évidence.

© 2014 par Emilie GEY. Créé avec Wix.com

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